Le petit jean jau

Visitez le site Jean Jaurès Dernière mise à jour: 10.12.2019

Corps

Le 16/11/2019

Bonjour, bonjour

 

Je vais vous raconter un truc qui m’est arrivé il y a quelques jours. Alors que je repartais du CDI, j’étais en train de descendre ces escaliers du vieux bâtiment qui part en friches, que nous critiquons tous mais qu’on aime quand même. Il y avait un gars et une fille dans ces escaliers et la fille m’a regardée, très furtivement, mais apparemment pas assez pour éviter sa remarque, puis elle dit «Regarde, elle a le même pull que moi».

Voilà c’est tout. Rien d’incroyable. J’y ai énormément pensé et voilà que je vous communique ma réflexion.

 

Ne trouvez-vous pas que c’est hallucinant que la première chose que l’on remarque sur quelqu’un, que le premier rapprochement qu’on établit entre deux êtres soit un morceau de tissu qui a pour rôle assassin de dissimuler un corps. Un corps. Notre humanité matérielle qu’on a pour habitude de cacher. On nous a, à tous, appris à murmurer son existence, à chuchoter sa présence. Presque une honte. Pourtant n’est-ce pas ce que les plus grands, que ça soit en peinture, en sculpture ou autres formes d’Art, se sont acharnés à reproduire ? A représenter chaque pigment, chaque goutte de sueur, chaque pli, chaque détail, chaque preuve même minime d’une beauté infinie ?

 

Mais que ça ne soit pas une humanité commune, un ensemble de souffle, de rire, de sanglot et de cri qui nous rassemblent. Comment est-ce possible de rapprocher deux personnes avec un pull alors que nous portons en commun un diamant. Et ceci nous le cachons. La boîte de notre âme nous la cachons. Pourtant ça relève du sublime. L’ensemble de nos abysses et de nos profondeurs, tout ça forme une splendide ombre. Une magnifique lumière. Les personnes qui assument de porter cette constellation en eux et qui en jouent , doivent être pyromanes tant cette forme resplendissante forme un gigantesque incendie.

 

Mais si nous continuons à le nier, cette perle nacrée risque de rouiller, de partir en poussière. Alors prenez conscience que votre corps est grandiose. Que rien n’est de trop, rien ne manque. Que votre morphologie est belle, que vos grains de beauté le sont tout autant et que la couleur de votre peau est magnifique.

Rendez-vous compte qu’entre toute cette éblouissante douceur et cette merveilleuse brutalité se cache une couleur radieuse. La couleur de la passion. Et qu’une fois que vous aimerez une personne à en crever,une fois que vos sentiments auront besoin de se concrétiser, d’être une chose matérielle alors cette couleur sera plus belle que vous n’auriez jamais pu imaginer. Que ce spectre divin dont vous avez si honte et qui vous rend si perplexe sera un somptueux moyen d’expression. Que toute cette beauté dont vous ne connaissez pas encore l’existence ne sera qu’une frénésie solaire, des frissons noyés sous un désir espiègle preuve d’un délire ardant sortant d’une cage trop froide. Alors vous aimerez votre corps. Mais tant qu’à faire aimez le maintenant cette porcelaine avide de gloire intense.

Page publiée le 16/11/2019 | Mise à jour le 10/12/2019 | Vue 55 fois