Le petit jean jau

Visitez le site Jean Jaurès Dernière mise à jour: 25.10.2020

le cap des veuves

Le 25/10/2020

 

 

  1. Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit depuis que j'ai pris cette décision, je ne me suis jamais senti aussi apaisé. Je n'ai pas peur, je n'en ai du moins pas l'impression. Je ne pense à rien d'autre qu'à la fin de mon voyage.
  2. Je me vois encore en parler avec Rose, il y a quelques semaines. Elle m'avait montré des photos du lieu et j'étais fasciné par sa beauté. Tout semblait être calme et infiniment grand. Elle me parlait de la plage magnifique, du sable doux et chaud mais aussi de l'incroyable vue lorsqu'on levait simplement les yeux.Elle décrivait la falaise gigantesque, l'éternelle forêt qui reposait sur elle, et à quel point les sapins étaient grands et verts. Elle me parlait des vagues qui s'écrasaient contre le dur rocher, comme si une force les attirait contre lui.
  3. Lorsque j'imagine ce mouvement de l'eau, son bruit quand elles finissent par se fracasser sur la pierre, je n'ai qu'une envie, être là-bas, voir depuis là-haut la mer qui ne se termine jamais. Je veux me pencher et voir l'eau qui paraît inatteignable tant elle est loin, je veux pouvoir me sentir proche du ciel et tendre les mains comme si je pouvais le toucher. Je ne veux être entouré que du bruit des vagues, du vent glissant entre les sapins et des oiseaux chantonnant à l'unisson.
  4. J'ai hâte d'y être, de enfin pouvoir comprendre la beauté de ce paysage que j'observe depuis des semaines en photo. Je connais le nom du lieu par coeur tant je l'ai tapé sur internet. J'espère être seul lorsque je serais arrivé là-bas, j'espère que personne n'aura décidé de se reposer sur la petite plage au bord de l'eau, ou que personne n'aura décidé de se faire une séance d'escalade sur cette falaise que je convoite tant.
  5. Je n'ai donc pas réussi à dormir car à chaque fois que je fermais les yeux, je voyais cette falaise qui me demandait de la rejoindre et mon coeur se mettait à battre douloureusement trop fort, ce qui m'empêchait de dormir paisiblement.
  6. Je me dégage de mon lit et fais les cent pas dans ma chambre. La moquette sous mes pieds me permet de ne pas faire de bruit et ainsi ne pas réveiller mon père.
  7. Le moment de mon départ approche à grand pas, je suis à la fois tiraillé entre l'excitation et la peur. J'ai peur de ne pas arriver à destination, j'ai peur que mon père me retrouve avant que je n'ai terminé mon voyage. Si tout se passe comme prévu, il ne devrait jamais réellement me retrouver.
  8. Je fais un demi-tour sur moi-même, pose mes yeux sur mon bureau. Je m'approche de celui-ci et essaye d'ouvrir le plus doucement possible le tiroir. Ce bureau dit familial, qui se transmet de génération en génération et vieux comme la Grèce, qui émet un bruit grimaçant espérant que cela ne retire pas mon père de son profond sommeil. Je reprends ma respiration et sors les deux lettres que je conserve depuis plus de deux semaines ici. Elles sont dans de belles enveloppes que j'ai achetées exprès, et où j'y ai laissé ma plus belle calligraphie. Le nom de mon père et celui de Rose sont gravés dessus. Je sors aussi un carnet rouge, dans celui-ci se trouve mes pensées, mes larmes et mon amour. Il est destiné à Bénédicte. Étonnement, lorsque je les ai écrites, les mots sont tombés naturellement sur le papier. Moi qui suis du genre à ne pas savoir dire les choses lorsqu'elles sont un peu trop intimes, ici, c'était simple.
  9. Je les prends et m'assois par-terre, adossé à mon lit, je laisse ma tête partir en arrière, s'enfonçant dans ma couverture. Je ferme les yeux un moment et lorsque je les ouvre à nouveau, je vois flou. Mes joues sont humides, je les nettoie mais rien n'y fait, elles s'humidifient encore. Tant pis, de toute façon, c'est la dernière fois, autant laisser faire.
  10. Je laisse les lettres traîner sur la moquette et me relève. J'ouvre la fenêtre de ma chambre; au loin, le ciel noir commence à s'éveiller. Je prends une inspiration, avale difficilement ma salive, respire l'air frais de l'extérieur.
  11. Cette fois-ci, pas question de me montrer faible, il est temps.

 

Tout en laissant lentement la lumière s'infiltrer dans ma chambre, j'attrape mon sac à dos sous mon lit, ouvre mon placard et décale mes fringues d'un côté pour donner accès à ma cachette secrète. Tout ce dont j'ai besoin pour partir se trouve ici, prêt depuis déjà bien longtemps. J'attrape ma liste et raye au fur et à mesure que je range mes affaires dans mon sac. Pas de vêtements, je ne devrais pas en avoir besoin. Je n'oublie pas la carte pour me repérer au cas où; bien qu'elle soit usée à cause des multiples pliures, le seul lieu qui m'intéresse dessus reste visible. Je prends mon lecteur de musique portable, mon appareil photo jetable, sans oublier l'argent que j'ai économisé depuis la mise en place de mon escapade. Ce n'est pas grand chose, mais ça me suffit, le temps du trajet. J'ajoute ma gourde d'eau, pas de nourriture, sur la route à quelques kilomètres de la falaise se trouve un restaurant. Ce sera mon dernier lieu de passage avant mon arrivée.Si tout se passe bien, je devrais arriver là-bas ce soir, je prendrais de quoi dîner et je terminerai en vélo jusqu'à la falaise. Normalement, tout devrait se passer comme prévu, la météo est bonne, je pars assez tôt pour être seul sur les routes, tout va bien se passer !Je raye les derniers mots de ma liste et je pars m'habiller. J'enfile un pantalon noir, un léger pull, Je mets mon sac sur mon dos, éteins mon téléphone portable que je laisse traîner sur mon lit, attrape les lettres et sors de ma chambre, en refermant la porte derrière moi.Je descends le plus silencieusement possible, m'arrêtant quelques secondes devant la porte de mon père. Je pose les lettres sur ma table de la cuisine et me dirige vers la porte d'entrée. Mon cœur tambourine dans ma poitrine. Je m'assois par-terre pour enfin enfiler mes converses et rejoins le lever du soleil.Je grimpe sur mon vélo ancien, lache un long soupir, jetant un tout dernier regard à cette maison qui tombe manque de lières et me mets à pédaler, le vent dans mon dos, m'accompagnant et m'aidant à rejoindre la liberté.

 

Je me suis jamais senti aussi bien que sur mon vélo, aller vite sans effort, sentir l'air glisser sur ma peau, l'entendre battre contre mes oreilles. J'ai l'impression de respirer pleinement, à plein nez sans difficulté. J'ai enfin quitté la ville, depuis une bonne heure, je suis sur les routes, entourées de forêt. Le son du vent à travers les feuilles est l'un de mes préférés, avec celui des vagues, de la pluie sur le goudron et de l'orage. La courroie de mon vélo fait un peu plus de bruit que d'habitude mais pas de quoi s'inquiéter.Il fait beau, il n'y a pas grand monde sur les routes, rien ne peut contrarier mon voyage. Pas même mes mains blessées, la courroie de mon vélo fatiguée ou ma solitude qui pour le coup me va parfaitement. Je n'ai pas ma famille qui discute des mêmes sujets comme un disque raillé, ni même Rose qui me parle toujours du même garçon depuis des mois.Je n'ai jamais eu d'amis sincères avant elle et ça m'allait étrangement bien. Tout le monde me trouvent dérangé au fond, ils ont sûrement raison là-dessus. Après tout, qui quitterait toute sa vie pour aller voir une falaise, magnifique ? Probablement personne.La vie en société ne me va pas, la vie en général non plus. Je ne suis pas à l’aise, et je me suis dis que si je restais dans le passé, tout irait mieux. Mais personne ne marche dans le passé ici. C'est pour ça que la liberté que j'attends tant de trouver est dans cet immense paysage.

 

Le soleil, au dessus de moi me tape sur la tête, il est chaud et lourd. Je m'arrête un moment sur le bord de la route. Je sors ma gourde d'eau, qui me refroidit l'entièreté du corps dès la première gorgée. Mon ventre fait quelques bruits étranges, m'indiquant qu'il réclame de quoi le remplir. Malheureusement, je n'ai rien pris et ce n'était pas prévu dans ma liste. Le peu d'argent ne doit me servir que pour le dîner de ce soir, tant pis pour midi.Je m'assois dans l'herbe quelques minutes. Pour toute la journée. je me suis autorisé quinze minutes de pause, qui ne devraient pas altérer à mon heure d'arrivée prévue. Je regarde ma montre qui affiche quatorze heure vingt trois. Je lève les yeux au ciel, une main me protégeant de la forte lumière du soleil. Le monde semble être avec moi, est-il pressé de me voir arriver à la falaise, l'est-il autant que moi ?J'inspire un grand coup, replace mon sac sur mon dos, relève mon vélo échoué sur le sol et me remet en route. Je commence à avoir mal aux jambes. J'aurais sûrement dû mettre une paire de chaussures plus confortables pour faire du vélo. Contrairement à d'habitude, je fais un long trajet, mes converses ne sont pas les plus adaptées mais ce sont mes chaussures préférées que je possède depuis des années. Je ne pouvais pas partir sans elles, tout comme mon mon pull vanille. Je me souviens encore le jour où ma mère m’a donné se pull, un dimanche, assis sur son lit. Sa couleur, d'un blanc cassé incroyablement beau, m'a directement satisfait , me faisant penser à la couleur de mes cheveux. Je peux vraiment paraître stupide à m'attarder sur ce genre de détails. Ce pull appartenait à ma mère avant, qui a probablement dû vivre des instants de sa vie. Je devenais donc l’habitant de son apparence. Je me dis aussi que ce pull n’avait personne d’autre à par moi, et que si elle me l’a donné c'est que son importance à ses yeux avait diminué. Peut-être, encore aujourd'hui, qu'elle ne sait toujours pas que j’ai encore son pull et qu’il n’était pas disparu comme tant de ces affaires.

 

Le paysage est sans vie, j'ai l'impression que ça fait des décennies que je n'ai croisé personne, le voyage commence à se faire long et j'ai de plus en plus faim. Mon lecteur de musique n'a plus de batterie depuis un bon moment et j'ai eu le temps de faire trois fois le tour de ma playlist.Il ne me reste plus que le bruit lourd du vent qui frappe mon visage, qui me pique et me dessèche les yeux, ma courroie qui claque sans arrêt et le roulement de mes roues sur le goudron.J'entends loin derrière le son d'une voiture arriver et sans vraiment comprendre pourquoi, sûrement car les voitures se font rares ici, je me tourne le temps d'une demi-seconde. C'est aussi pendant cette même demi-seconde qu'un craquement se fait sur mon vélo, le bloquant de tous ses mouvements, et ainsi, en pilant me projette sur l'avant. En un cri sourd, je passe par-dessus le vélo et tombe droit sur l'épaule, stoppant le vélo à mes pieds.Sur le coup, ça fait mal et je ne peux plus bouger, tant ma respiration s'est coupée en chutant. J'entends un crissement de roues derrière moi. Le soleil m'éblouit, mes oreilles sifflent. Une ombre me sort de l'aveuglement et une silhouette se dessine.— Petit, tout va bien ? Il me tend une main que j'attrape pour me relever, non douloureusement. Je t'ai vu tomber, c'était pas beau à voir. J'ai l'impression que la courroie de ton vélo a lâché, c'est sûr qu'il n'est pas tout jeune celui-là ». J'essaye de bouger tout mon corps. C'est bon, rien de cassé, mais on ne peut pas en dire autant de mon pull et mon jean, tous les deux tachés de sang. Tant pis pour mon pull ... Je touche mon épaule et retiens un cri de douleur.— Tu es blessé, j'ai une trousse de secours dans le coffre, laisse-moi t'aider. » De toute façon, mon vélo est cassé et je ne peux pas marcher correctement, à quoi bon…

 

Je suis assis sur le siège passager, l'homme est agenouillé devant moi, à nettoyer la plaie de mon genou droit. N'ayant plus le soleil dans le visage et la tête en vrac, je peux enfin le voir clairement. Il semble d'un certain âge de part ses rides. Je le remercie lorsqu'il a terminé et m'apprête à repartir lorsqu'il m'arrête.— Attends, tu repars ? Je hoche la tête, silencieux. Ton vélo a besoin d'une nouvelle courroie, tu ne peux pas repartir avec. Tu as l'air épuisé, depuis quand roules-tu ? Je hausse les épaules. Laisse-moi te déposer quelque part ». J'accepte après un léger temps d'hésitation, je n'ai après tout rien à perdre. Ne plus pouvoir utiliser mon vélo va en plus de cela me retarder. Il sourit, attrape mon vélo et le met dans le coffre. Je m'assois à nouveau sur le siège passager et j'ai l'impression que tout mon corps se détend d'un coup, après tous ces efforts épuisants. Sans vraiment m'en rendre compte, je finis par m'endormir, après lui avoir donné l'adresse du restaurant .J'ai fait un rêve assez étrange où mon père m'avait retrouvé avant que je n'arrive à la falaise. Il pleurait beaucoup, semblait vraiment triste, il n'arrêtait pas de s'excuser, de me prendre dans ses bras. Pourtant moi je ne pleurais pas, je ne bougeais pas non plus, les bras ballants, comme une poupée de chiffon. Puis d'un coup, tout s'est fini, le vieil homme m'a sorti de mon sommeil. Je m'étire et regarde autour de moi.— Allons manger quelque chose et voir si on peut changer la courroie de ton vélo ». Je ne réponds pas et le suis à l'intérieur, l'air est frais et ça sent bon. Mon ventre se met à grogner. Le vieil homme s'est éloigné, tandis que je pars rapidement aux toilettes. Je regarde mes blessures recouvertes de pansements dans le miroir abîmé. Je fais peur à voir, avec mes cheveux bouclés dans le désordre, ma peau luisante par la chaleur et blanche comme un cadavre. Je me rince le visage et remplis ma gourde.Quand je sors des toilettes, le vieil homme est assis à une des tables et me fait signe de le rejoindre.— J'ai commandé de quoi manger, et quelqu'un s'occupe de ton vélo !

 

Quand nos plats arrivent, je perds toutes les politesses du monde et dévore tout en peu de temps. J'ai l'impression de ne pas avoir mangé depuis des semaines.Le vieil homme tente de savoir d'où je viens, depuis quand je suis sur la route mais je n'ai pas envie de lui répondre. Si je lui dis que j'ai quitté la maison, je suis sûr qu'il appellera la police pour qu'ils viennent me chercher. Je lui dis donc simplement où je vais, en terminant de manger, silencieusement. Le ciel commence à se coucher de plus ne plus, je dois me dépêcher d'arriver à la falaise avant de ne plus rien voir. Lorsque vient le moment de payer, il refuse mon argent. J'offre tout en pourboire car je n'en ai plus besoin.— Je sais que ton vélo est réparé, mais il commence à faire nuit, la falaise n'est pas très loin en voiture, tu veux que je dépose là-bas, ça ira plus vite ? Je hoche la tête.Je dois me dépêcher d'arriver là-bas, ma chute m'a mis en retard. J'ai perdu plus de temps que prévu, en débordant sur mes quinze minutes accordées.Dans la voiture, je reste toujours autant silencieux, le regard sur le paysage extérieur, qui ressemble de plus en plus à celui de la falaise. Mon coeur tambourine à nouveau fort dans ma poitrine. Je finis par l'apercevoir devant moi. Je lui demande de s'arrêter. Le paysage est magnifique, au bord de cette route entourée de roches, de sapins et de nuages sombres. Je suis enfin arrivé, j'ai réussi, avec un vélo cassé, des égratignures, mais j'ai réussi !Je me sens bien, mais pourtant, j'ai envie de pleurer. Peut-être car le paysage est mille fois plus beau que sur les photos ou dans mes rêves. Les odeurs de la nature, des sapins, de l'air pur et de l'eau salée en contre-bas sont incroyablement agréables, je n'en reviens toujours pas. Je me tourne vers le vieil homme et lui demande s'il a des petits-enfants.— Oui, pourquoi ? » Je lui offre mon vélo. ---Je ne peux pas accepter petit. » J'insiste, je n'en ai plus besoin, il accepte enfin. Je le remercie et le prends dans mes bras. ---Fais attention à toi petit, la falaise est dangereuse, il n'y a pas de barrières de protection. » Un dernier regard, un dernier sourire et il s'en va, me laissant ainsi seul avec ma liberté.

 

Je suis le sentier, difficile d'accès et c'est là que mes converses vont enfin finir par me servir. Je grimpe, redescends, manque de trébucher. J'ai mal à la jambe et à l'épaule, les pansements à leur tour tachés de sang mais je ne fais plus attention à cela.J'entends enfin tout ce que je voulais à mesure que je m'approche de la falaise. J'entends les vagues s'écraser contre la pierre, le vent circuler entre les sapins, les oiseaux chantonner en s'envolant au-dessus de ma tête. Je vois enfin ce paysage qui m'a fait tant rêver. J'arrive au bord, j'aperçois la plage en contre-bas, la où était Rose. Elle est vide. Je me penche en avant, l'adrénaline dans le sang, personne ne fait de l'escalade. Je m'assois par-terre, les pieds dans le vide, tapant la pierre avec le talon de mes rangers.Tout est parfait, le paysage est parfait, et le ciel sombre aussi. Je le laisse tomber en arrière. La lune fait son apparition, se reflétant dans l'eau agitée de l'océan. Il est temps pour moi de faire de que j'ai à faire. Je retire mon pull abîmé, mes converses. Je sors mon appareil photo, prends une dernière photo de mon périple avec l'appareil jetable. Lorsque quelqu'un trouvera ça, il m'aura suivi jusqu'au bout, dès le départ avec une photo de moi devant la maison, jusqu'à moi devant la falaise.Je me recouche par-terre, les pierres irritent mon dos nu. Je me lève en titubant, souffle un grand coup et m'approche du bord de la falaise. Les vagues en bas me tendent leurs bras et m'appellent. Je vois flou, j'ai mal à la tête, je n'arrive plus à rester droit, c'est fini.— J'arrive douces vagues, attendez-moi ! Je hurle de joie. Dernier pas, cette fois-ci, rien ne me retient, plus de sol, je me laisse tomber en avant, le vent frappant contre ma peau nue, les yeux fermés, le sourire aux lèvres, et une larme dégoulinant de ma joue.

J'ai réussi.

Oscar DEBOVE - DEBIEUVRE

 

Pièces jointes :

Page publiée le 25/10/2020 | Mise à jour le 25/10/2020 | Vue 112 fois