Le petit jean jau

Visitez le site Jean Jaurès Dernière mise à jour: 25.10.2020

Les violences conjugales

Le 25/10/2020

           Il y a quelques mois je suis tombée sur une photo sur twitter sur laquelle un homme blessé visiblement au visage se posait en selfie. Dans sa description il avait écrit qc qui ressemblait à : « je viens de me battre contre un homme qui était en train de violenter sa femme en pleine rue ; celle-ci, à la fin de notre lutte, est tout de même repartie avec lui » et à la fin dans un style sarcastique, il écrit qc comme « ça m’apprendra à vouloir sauver ces femmes». Et les commentaires regorgeaient de gens qui le félicitaient pour son courage, qui étaient désolés pour lui, qui insultaient la femme en assurant que c’était son problème si elle n’avait pas accepté l’aide offerte par ce «héros », et qu’elle méritait probablement sa situation.

            Alors au-delà du fait que l’auteur de la photo ait retiré toute « valeur » à la morale de son acte en racontant l’évènement et en affichant sa sale tête ainsi sur twitter, les réactions horripilantes en commentaires ne sont pas moins l’écho de la profonde misogynie du post de cette personne.

            Ce que je me contenterai néanmoins de développer maintenant, c’est une réponse aux questions suscitées par ce genre de faits : « pourquoi reste-t-elle donc avec lui si elle est victime de violence ? », « pourquoi ne fait-elle aucun effort pour améliorer sa situation ? »

 

            Tout d’abord il ne faut pas oublier que même dans ce genre de relation rythmée par la violence au sein d’un couple (le plus fréquemment l’homme qui violente la femme et c’est de ce genre de situation dont je vais parler), la femme est liée sentimentalement à l’autre, elle est généralement amoureuse de la personne. Par ailleurs la situation peut en être au point que les deux aient des enfants, ce qui met la femme maltraitée dans une position bien plus délicate, l’homme pouvant la menacer ou la faire chanter sur le dos des enfants.

            Dans le cas du post twitter ci-dessus, l’auteur a assisté à une maltraitance physique subie par la femme. Mais une telle maltraitance se voit généralement introduite par de la violence psychologique insidieuse qui plonge la victime dans une sorte de torpeur qui l’empêche d’analyser pleinement la situation dans laquelle elle se trouve, ce qui la conduira à s’y habituer et à ne pas considérer cela comme de la maltraitance. Leur partenaire masculin peut même parvenir à une inversion de la culpabilité (que celui-ci n’éprouverait d’ailleurs pas), dans la mesure où sa victime se fait persuader que si elle subit de la violence, c’est qu’elle le mérite, qu’elle en est la fautive ce qui l’amène à intérioriser sa peur puisqu’elle pense être responsable de sa situation. On peut supposer que c’est le cas de la femme décrite par le gars de twitter ; en effet elle serait repartie contrite avec son agresseur alors que celui-ci a agi en public car elle aurait eu honte d’elle-même et peur du regard des autres qu’elles pensait peut-être être très négatif à son égard. (Il s’agit là d’une hypothèse de ma part, je ne suis personne pour établir quoi que ce soit à son sujet.)

            Dans les cas où la violence est régulière au sein d’un couple, la femme victime est en constant état d’alerte, elle ignore quand son partenaire s’énervera et la maltraitera. Paradoxalement, cet état de vigilance constante ne lui permet pas de réagir au quart de tour en cas de violence ; au contraire cela entraine un manque de réactivité, et à plus long terme à un sentiment d’incompétence et une diminution de la capacité à se sortir de là. Ce sont les conséquences d’un traumatisme émotionnel engendrée par cette maltraitance. Ainsi plus la maltraitance est fréquente et grave, moins la femme a les moyens psychologiques de partir.

            A cela s’ajoute un potentiel état hypnotique dans lequel se trouve la victime, qui modifie sa perception, un mécanisme qui la préserve de la terreur et de la souffrance au moment même où elle subit des violences (dans ces cas-là souvent physiques) ; c’est le phénomène de dissociation, la victime devient observatrice extérieure de l’agression qu’elle subit.

 

Alexandra Miron

Pièces jointes :

Page publiée le 25/10/2020 | Mise à jour le 25/10/2020 | Vue 226 fois